3rd November
Ray & Junes today and no Myra. We, after a settling down period, tackled a crossword together and found no difficulty. We then went on to read this short story
Il existe un homme qui a l’habitude de me frapper sur la tête avec un parapluieFernando Sorrentino
Il existe un homme qui a l’habitude de me frapper sur la tête avec un parapluie. Cinq ans, aujourd’hui précisément, ont passé depuis ce jour où il commença à me frapper sur la tête avec son parapluie. Les premiers temps je ne pouvais pas le supporter; maintenant je m’y suis habitué.
Je ne sais pas comment il s’appelle. Je sais que c’est un homme quelconque, avec un costume gris, avec quelques cheveux blancs, avec un visage indéfini. Je fis sa connaissance il y a cinq ans, par une chaude matinée. J’étais en train de lire mon journal, à l’ombre d’un arbre, assis sur un banc du parc de Palermo. Soudain, je sentis que quelque chose me touchait la tête. C’était cet homme, celui-là même qui, maintenant, alors que je suis en train d’écrire, continue, mécaniquement, avec la plus grande indifférence, à me donner des coups de parapluie sur la tête.
Ce jour-là, je me retournai, ne pouvant retenir mon indignation; lui, il continua de me donner des coups. Je lui demandai s’il était fou: il ne parut même pas m’entendre. Je le menaçai alors d’appeler un agent de police: imperturbable, serein, il poursuivit sa tâche. Après quelques instant d’hésitation et voyant qu’il ne renonçait pas, je me levai et lui donnai un coup de poing en plein visage. L’homme, exhalant une légère plainte, tomba sur le sol. Immédiatement, et faisant, semblait-il, un grand effort, il se releva et, toujours en silence, recommença à me frapper sur la tête avec son parapluie. Le sang coulait de son nez et, en cet instant, cet homme me fit de la peine et j’éprouvai des remords de l’avoir frappé de cette façon. Parce que, en fait, l’homme ne me donnait pas ce qu’il convient d’appeler des coups de parapluie; c’était plutôt de légères tapes, parfaitement indolores. Il est évident que ces coups sont infiniment dérangeants. Nous savons tous que, quand une mouche se pose sur notre front, nous n’éprouvons aucune douleur, nous ressentons de la gêne. Eh bien, ce parapluie était une mouche gigantesque qui, à intervalles réguliers, se posait, et encore, et encore, sur ma tête.
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Il existe un homme qui a l’habitude de me frapper sur la tête avec un parapluieFernando Sorrentino
Il existe un homme qui a l’habitude de me frapper sur la tête avec un parapluie. Cinq ans, aujourd’hui précisément, ont passé depuis ce jour où il commença à me frapper sur la tête avec son parapluie. Les premiers temps je ne pouvais pas le supporter; maintenant je m’y suis habitué.
Je ne sais pas comment il s’appelle. Je sais que c’est un homme quelconque, avec un costume gris, avec quelques cheveux blancs, avec un visage indéfini. Je fis sa connaissance il y a cinq ans, par une chaude matinée. J’étais en train de lire mon journal, à l’ombre d’un arbre, assis sur un banc du parc de Palermo. Soudain, je sentis que quelque chose me touchait la tête. C’était cet homme, celui-là même qui, maintenant, alors que je suis en train d’écrire, continue, mécaniquement, avec la plus grande indifférence, à me donner des coups de parapluie sur la tête.
Ce jour-là, je me retournai, ne pouvant retenir mon indignation; lui, il continua de me donner des coups. Je lui demandai s’il était fou: il ne parut même pas m’entendre. Je le menaçai alors d’appeler un agent de police: imperturbable, serein, il poursuivit sa tâche. Après quelques instant d’hésitation et voyant qu’il ne renonçait pas, je me levai et lui donnai un coup de poing en plein visage. L’homme, exhalant une légère plainte, tomba sur le sol. Immédiatement, et faisant, semblait-il, un grand effort, il se releva et, toujours en silence, recommença à me frapper sur la tête avec son parapluie. Le sang coulait de son nez et, en cet instant, cet homme me fit de la peine et j’éprouvai des remords de l’avoir frappé de cette façon. Parce que, en fait, l’homme ne me donnait pas ce qu’il convient d’appeler des coups de parapluie; c’était plutôt de légères tapes, parfaitement indolores. Il est évident que ces coups sont infiniment dérangeants. Nous savons tous que, quand une mouche se pose sur notre front, nous n’éprouvons aucune douleur, nous ressentons de la gêne. Eh bien, ce parapluie était une mouche gigantesque qui, à intervalles réguliers, se posait, et encore, et encore, sur ma tête.
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